Dans les trois précédents articles, ce sont les pathologies des règles, l’endométriose, l’infertilité et la grossesse qui ont été abordés, en lien avec la pratique du yoga. Celle-ci peut occuper une place importante auprès des femmes pendant les périodes de la péri-ménopause et de la ménopause, pendant lesquelles celles-ci font face à de nombreux changements, sur les plans physique, physiologique et émotionnel.
La ménopause
À sa naissance, chaque bébé-fille naît avec un stock limité de follicules ovariens. Pendant sa période dite d’activité génitale, de la puberté à la ménopause, chaque femme présente des cycles menstruels au cours desquels la fécondation est possible.
Cet enchaînement de cycles a lieu jusqu’à la fin de la réserve de follicules. Lorsqu’il n’y a plus de follicules ovariens, donc plus d’ovulation, les productions hormonales de progestérone puis d’œstrogènes baissent et s’arrêtent. La préménopause est la conséquence de la baisse de la production de progestérone. Lorsque la production hormonale d’œstrogènes cesse, la ménopause s’installe. Cela se manifeste par l’absence de règles. Lorsqu’une femme âgée de 45 à 55 ans n’a plus de règles pendant 12 mois d’affilée, alors elle est considérée ménopausée. Par ailleurs, le taux de testostérone (produite par les ovaires et les glandes surrénales) diminue également puisque les ovaires en produisent beaucoup moins. Cela se manifeste généralement par une baisse de la libido (désir hypo actif).
Les tissus qui étaient sensibles aux hormones produites par les ovaires subissent différentes modifications. La qualité de la peau et des muqueuses change (perte d’élasticité de la peau, sécheresse vaginale). Le squelette se décalcifie (ostéopénie). Le tissu graisseux et la glande mammaire peuvent néanmoins produire une petite quantité d’œstrogènes après la ménopause, mais cela reste peu. A cette période, les femmes peuvent souffrir de dyspareunies (douleurs pendant les rapports) parce que la muqueuse vaginale est atrophiée et très fragile.
La baisse du taux d’œstrogènes perturbe également le mécanisme de régulation de la température corporelle gérée par l’hypothalamus entraînant la dilatation des vaisseaux sanguins et donnant naissance aux bouffées de chaleur. Elles se manifestent par une sensation soudaine de chaleur intense qui débute souvent au niveau du visage, du cou et de la poitrine. Elles peuvent être accompagnées de rougeurs visibles sur la peau et de transpiration. Ces épisodes durent généralement entre 30 secondes et 10 minutes. Les sueurs nocturnes, quant à elles, se produisent pendant le sommeil et se traduisent par une transpiration excessive. Ce phénomène perturbe le sommeil et a pour conséquence de causer de la fatigue pendant la journée.
Le système hormonal est en relation étroite avec le système psychologique. Un déséquilibre a donc une influence directe sur les émotions des femmes. Durant la préménopause et la ménopause, ce système est très déséquilibré. Une hypersensibilité peut s’installer, ainsi que des troubles de l’humeur. Cela peut aller jusqu’à la déprime. Certaines femmes peuvent développer un syndrome dépressif.
En yogathérapie, notre travail consiste d’abord à prendre le temps d’écouter l’élève, et à la rassurer : « Oui, vous ressentez de la fatigue, vous avez des bouffées de chaleur, des troubles du sommeil et de l’humeur, mais tout cela est temporaire, et vous pourrez gagner en confort et dépasser cela avec une pratique adaptée ». Les femmes ménopausées sont souvent désemparées face aux réactions de leur corps et disent souvent qu’elles ne savent plus « à quel Saint se vouer » tant il existe de points de vue différents quant à la conduite à tenir : « Puis-je prendre un traitement hormonal ou pas ? Quels compléments alimentaires ? Etc. » Nous devons l’aider à trouver un nouvel équilibre, qui est fonction de l’âge et de la constitution de la personne. Ainsi, les symptômes diffèrent d’une femme à l’autre. Avec la pratique du matin, nous agirons sur apāna vāyu et sur prāna vāyu. Puis, il faudra améliorer la fonction de samāna vāyu et des autres vāyu, les équilibrer tous, et faire de même avec les nādī, iḍa et piṇgala. La pratique relaxante le soir est très importante, car le système hormonal est directement lié à manomayam (le mental), et il se dérèglera d’autant plus que la femme aura des troubles psychologiques. Cette pratique du soir aura l’énorme avantage de favoriser un meilleur sommeil.
En complément de leur suivi médical et de la pratique individuelle de yoga, nous leur conseillerons de réduire les sources de stress, la consommation de théine, de caféine, d’alcool et d’aliments très épicés, et d’éviter les sources de chaleur ambiante, tout cela favorisant la survenue des bouffées de chaleur. Nous les inviterons également à se tourner vers un phytothérapeute afin de bénéficier des vertus des plantes. Enfin, pratiquer une activité physique régulière, telle que la randonnée ou la natation sera bénéfique.
Et les hommes alors ? Le cas de l’andropause.
Si les femmes sont concernées par la ménopause, les hommes eux, le sont par l’andropause. Ce processus naturel et physiologique est lié à la baisse progressive du taux de testostérone qui s’installe avec le temps. Certains hommes sont plus impactés que d’autres. Les symptômes qui peuvent survenir sont : la baisse générale de tonus, les troubles de l’érection, les bouffées de chaleur, la sudation importante en dehors de toute activité physique, les troubles du sommeil, la prise de poids avec une augmentation du périmètre abdominal, la nervosité accrue et l’irritabilité plus fréquente, la fragilité osseuse, la perte de masse musculaire, les douleurs musculaires et articulaires plus fréquentes, et la régression de la pilosité. Pour eux également, la pratique individuelle de yoga apportera un réel confort en attendant que cette période soit dépassée.
Ainsi, le yoga peut-il occuper une place importante dans la vie des femmes et des hommes dont le système hormonal se dérègle avec l’âge, à condition de mettre en place une pratique totalement adaptée à leurs besoins, en lien avec un professeur de yoga qualifié[1].
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Céline Peillon, professeure de yoga formée par Bernard Bouanchaud, yogathérapeute formée par le Dr Chandrasekaran, formatrice de professeurs de yoga en Dordogne, membre de la Viniyoga Fondation France
[1]Ayant suivi un cursus complet de formation à l’enseignement de la yogathérapie.
