Dans le précédent article, ce sont les pathologies des règles qui ont été abordées. Le yoga peut occuper une place importante dans d’autres cas, notamment en cas d’infertilité, offrant aux femmes une solution naturelle à leur problématique, ou un complément important aux traitements qui leur ont été prescrits.
L’infertilité
De nos jours, le nombre de couples dits « infertiles » est de plus en plus important. Les causes possibles sont nombreuses, mais le stress environnant et l’hygiène de vie en font partie. La yogathérapie peut véritablement aider à la fertilité naturelle.
Pour cela, il faut améliorer la fonctionnalité de prāna vāyu et de apāna vāyu, puis celle de tous les autres vāyu, puis les équilibrer tous, dans une pratique active le matin. Tous les konāsana sont importants[1], pour la femme comme pour l’homme. La pratique relaxante le soir est très importante.
Le cas particulier de l’endométriose
Certaines infertilités sont directement liées à l’endométriose. Une étude scientifique récente a montré que 30 à 40% des cas d’infertilité seraient causés par cette pathologie. Autrefois diagnostiquée vers 35 ans, l’âge moyen est désormais plus proche des 25 ans. La pathologie touche plus favorablement les femmes de faible corpulence, ayant eu des ménarches précoces. Il y aurait des prédispositions génétiques puisque 5 à 8% des mères atteintes pourraient la transmettre à leur fille[2].
Normalement, à chaque cycle, en l’absence de fécondation, la couche superficielle de l’endomètre se décompose, saigne et est éliminée. En cas d’endométriose, certaines de ces cellules se fixent sur des zones où elles ne devraient pas se trouver (trompes, ovaires, vagin, rectum, ligaments utérosacrés et parfois, dans 5% des cas, sur l’intestin grêle, le côlon ou les poumons). Ces « bouts » de muqueuse se comportent alors comme s’ils étaient dans l’utérus, en saignant durant les règles, ce qui génère de la douleur. Ils se décomposent mais ne peuvent pas être éliminés par voie naturelle, alors chacun se transforme en un tissu adhérent qui s’accumule et gêne la mobilité ainsi que la fonctionnalité des organes concernés. Ces tissus produisent eux-mêmes des œstrogènes et s’en nourrissent pour proliférer et migrer continuellement. Ils sont hautement inflammatoires et peuvent porter atteinte aux fibres nerveuses, engendrant parfois des douleurs neuropathiques.
Les signes les plus fréquemment décrits par les personnes atteintes sont les cycles courts (moins de 28 jours), les règles abondantes et prolongées (plus de 7 jours), les dysménorrhées avant les règles[3] persistant 12 à 72 heures, la constipation, la diarrhée, les douleurs anales, la défécation douloureuse, la dyspareunie[4], les troubles urinaires, et enfin l’infertilité. Dans 97% des cas, les femmes sont libérées des douleurs à la ménopause.
En yogathérapie, il est nécessaire de proposer une pratique très active sur apāna vāyu et sur prāna vāyu, des ouvertures de bassin, dans toutes les directions, pendant 30 à 40’ chaque matin. Le soir, l’élève fait une pratique de relaxation : l’infertilité et l’endométriose impactent fortement la personnalité de l’élève, c’est pourquoi c’est la relaxation profonde qui lui sera proposée. Pendant les saignements, il faut atténuer les autres demandes physiologiques (réduire les activités quotidiennes, arrêter le sport, simplifier la digestion avec des repas légers et digestes, avoir un sommeil de qualité).
Les conseils d’hygiène alimentaire ont toute leur importance, comme pour toutes les pathologies hormono-dépendantes. Nous conseillerons aux femmes d’augmenter les apports en oméga-3 pour favoriser la production de prostaglandines anti-inflammatoires (noix, graines de lin, huile d’olive, de coco, de lin, de périlla ou de chanvre, beurre clarifié, maquereau, truite, saumon, sardine, hareng, thon, légumes verts à feuilles, graines de chia). Nous leur conseillerons également d’éviter les oméga-6 qui favorisent la production de prostaglandines pro-inflammatoires, donc d’éviter les acides gras saturés (charcuterie, beurre, fromage), les graisses transformées (fritures), la margarine, l’huile de tournesol, de sésame, de pépins de raisins, d’arachide, de soja, de maïs, de palme et de carthame. En outre, il sera conseillé de réduire la consommation d’alcool, le gluten, le sucre, les produits laitiers et les viandes rouges
Ainsi, le yoga peut-il occuper une place importante dans la vie des femmes souffrant d’endométriose, ou de celle des couples qui ont des difficultés à concevoir un enfant, à condition de mettre en place une pratique totalement adaptée à leurs besoins, en lien avec un professeur de yoga qualifié[5].
Céline Peillon, professeure de yoga, yogathérapeute, formatrice de professeurs de yoga en Dordogne, membre de la Viniyoga Fondation France (www.viniyoga-fondation.fr)
[1] Yogarahasya de Srī Nāthamuni
[2] Inspiré de la revue Alternative Santé n°120
[3] Douleurs pouvant irradier vers le bas du dos, les fesses et les cuisses, qui résistent aux antalgiques simples et ont un retentissement important sur la vie socioprofessionnelle.
[4] Douleurs pendant les rapports sexuels.
[5] Ayant suivi un cursus complet de formation à l’enseignement de la yogathérapie.
