Le yoga et les femmes
Le yoga et les femmes

Le yoga et les femmes

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Les femmes et la tradition du yoga[1]

T.Krishnamacharya était un grand Maître, reconnu de toutes et tous. Parmi ses élèves, jusqu’à sa mort le 28 février 1989, il comptait de nombreuses femmes, indiennes et étrangères. Son épouse elle-même, et ses filles, pratiquaient assidûment le yoga à la maison. Il disait même : « Ce sont les femmes, et non les hommes qui porteront le flambeau du yoga et de l’ordre (dharma) ». Il relevait que le texte fondateur du yoga, le Yoga-sūtra de Patañjali, s’adressait au pratiquant sans faire la moindre différence entre les femmes et les hommes.

TKV.Desikachar et T.Krishnamacharya ont ainsi beaucoup œuvré pour encourager les femmes à agir et exercer des responsabilités au même titre que les hommes (notamment en Inde) et cela tout en conservant leurs qualités féminines. Desikachar recevait apparemment de nombreuses femmes pour leur cours individuel de yoga, leur donnant systématiquement une pratique adaptée à leur âge et à leurs besoins spécifiques.

De nos jours, en Occident tout particulièrement, force est de constater qu’ils avaient raison ! Ce sont bien essentiellement les femmes qui portent le flambeau du yoga.

La pratique au féminin

La pratique du yoga a pour vocation d’équilibrer la circulation d’énergie dans les deux canaux principaux que sont ia et pigala, formant une hélicoïde autour du canal central appelé suśumna. Ces canaux distribuent prāna dans tous les tissus du corps, du côté gauche pour ia (associé à la lune), et du côté droit pour pigala (associé au soleil), énergies féminine et masculine présentes en chacun de nous.

Mais la vie moderne crée de forts déséquilibres. Elle nous oblige toutes et tous à faire preuve de toujours plus de force, de stabilité et d’endurance, qui sont principalement des qualités masculines. Ainsi, les qualités féminines de fluidité et de douceur ont-elles tendance à moins s’exprimer.

En yoga, pour développer ces qualités, femmes et hommes auraient finalement plus besoin de pratiquer la salutation à la lune que la salutation au soleil ! L’une apaise, assouplit, fluidifie, ouvre la zone du cœur et tonifie le bas du corps alors que l’autre renforce tous les muscles du haut du corps en améliorant l’endurance.

Les femmes ont besoin d’un yoga doux correspondant à leur nature féminine (« yin »), qui augmente leur énergie créatrice, leur douceur naturelle, leur joie d’être, leur liberté, dans le respect de leur féminité et de leurs aspirations, pour leur épanouissement à chaque étape de leur vie, dans l’expression de leur beauté[2].

Les atteintes du corps des femmes et la yogathérapie[3]

Tout au long de leur vie, en dehors des atteintes communes aux hommes, les femmes peuvent présenter de nombreuses pathologies, en lien avec leur système hormonal. Ce sont d’abord les règles qui peuvent être problématiques. Les dysfonctionnements des menstruations sont :

Les ménarches tardives : Les premières règles[4] arrivent généralement entre 12 et 14 ans. Parfois, elles arrivent tardivement, après l’âge de 15 ans. Cela nécessite un suivi médical, et souvent, un traitement hormonal est préconisé. La yogathérapie vient en complément. Il s’agit de pratiques très actives en ṣṛṭi krama pour ouvrir la zone d’apāna.

Les dysménorrhées : Les femmes souffrent de douleurs abdominopelviennes qui précèdent ou accompagnent les règles, alors qu’il s’agit d’un processus physiologique normalement indolore. La douleur est le signe d’un dysfonctionnement. Elle est parfois accompagnée de fatigue, de nausées, voire de vomissements, de céphalées, de douleurs lombaires ou de diarrhée.

Il existe la dysménorrhée primitive par contraction utérine, de cause inconnue et la dysménorrhée secondaire. La forme la plus connue de dysménorrhée secondaire est l’endométriose. Cela peut également être lié à une adénomyose utérine[5] ou à la présence d’un fibrome utérin. Enfin, certaines dysménorrhées ne viennent que de manomayam : c’est le mimétisme avec la mère qui souffrait lors de ses règles qui devient la cause.

En yogathérapie, le focus est la relaxation et la détente. Pendant les règles, il faut inviter l’élève à modérer les activités quotidiennes et à ne plus faire de sport. En dehors des règles, il faut améliorer la fonction de tous les vāyu et des deux ī, ia etpigala, puis les équilibrer tous. Il n’y a pas de pratique la veille, pendant les règles et le lendemain (sauf la pratique relaxante du soir).

Les ménorragies : Il s’agit d’un saignement abondant ou prolongé. Les règles durent entre 8 et 12 jours à cause d’un déséquilibre hormonal. Ces saignements excessifs peuvent provoquer de l’anémie[6] et une grande fatigue.

En yogathérapie, le focus est également la relaxation et la détente. Pendant les règles, il faut inviter l’élève à modérer les activités quotidiennes, à réduire l’activité physique et sportive et donner des conseils d’hygiène alimentaire. En dehors des règles, il faut améliorer la fonction des 2 ī, puis les équilibrer par mahāmūdra.

Les oligo ménorrhées[7] : Les cycles menstruels sont trop longs (au-delà de 35 jours) avec un flux peu abondant. Différentes causes sont possibles, telles que l’anémie[8], la baisse du taux d’œstrogènes, le sport intensif, le diabète, les ovaires polykystiques, l’anorexie, la fatigue intense, les polypes utérins, le dysfonctionnement de la thyroïde, etc.

En yogathérapie, il faut améliorer le fonctionnement du système endocrinien par une pratique très active ciblée sur les vāyu prāna, apāna et samāna, puis équilibrer tous les vāyu, et enfin améliorer la fonction des 2 ī et les équilibrer.

Les polyménorrhées : Les cycles menstruels sont trop courts (moins de 21 jours).

En yogathérapie, le focus est la relaxation et la détente. Pendant les saignements, il faut atténuer les autres demandes physiologiques (réduire les activités quotidiennes, réduire le sport, simplifier la digestion avec des repas légers et digestes, avoir un sommeil de qualité). En dehors des saignements, il faut améliorer la fonction de tous les vāyu et des deux ī, puis tous les équilibrer.

L’aménorrhée : Est l’absence de règles chez une femme en âge d’être réglée (elle est normale en cas de grossesse, d’allaitement et à la ménopause). Il y a de nombreuses causes possibles, dont le dérèglement hormonal, les ovaires polykystiques, l’insuffisance ovarienne, la prise de médicaments, etc.

En yogathérapie, nous devons tenir compte du fait qu’il y a souvent une mauvaise gestion du stress ou de l’instabilité émotionnelle, et systématiquement proposer une pratique relaxante le soir.

Ainsi, le yoga peut-il occuper une place importante dans la vie des femmes souffrant d’une pathologie des règles, à condition de mettre en place une pratique totalement adaptée à leurs besoins, en lien avec un professeur de yoga qualifié[9].

 

Céline Peillon, professeure de yoga, yogathérapeute, formatrice de professeurs de yoga en Dordogne (www.ananda-bhavan.fr), membre de la Viniyoga Fondation France


[1] Journal du yoga n°255 (article et témoignage de Laurence Maman)
[2] Inspiré de Yoga féminin de Catherine Millepied-Fleuri
[3] Enseignements reçus du Docteur Natesan Chandrasekaran
[4] Appelées ménarches
[5] Le tissu endométrial s’infiltre dans le myomètre.
[6] L’anémie est une baisse d’hémoglobine dans le sang. L’hémoglobine est un composant du globule rouge, contenant du fer.
[7] A ne pas confondre avec hypoménorrhée : règles régulières et peu abondantes
[8] Parfois, l’anémie peut être liée à une autre perte de sang dans le corps.
[9] Ayant suivi un cursus complet de formation à l’enseignement de la yogathérapie.