Quel enseignement tirons-nous de nos expériences ? Quel usage faisons-nous de nos rencontres, de nos réussites et de ce qui peut nous apparaître parfois comme des échecs ? Face à des situations répétées qui semblent identiques, choisissons-nous de nous entêter dans la même attitude ou essayons-nous d’autres voies ?
Il y a une vingtaine d’années, j’ai découvert presque par hasard le film du réalisateur américain Harold Ramis intitulé Un jour sans fin (en version originale Groundhog day : “Le jour de la marmotte”). Sorti en 1993, cette comédie narre l’aventure peu commune de Phil Connors (Bill Murray), présentateur météo pour la télévision, envoyé comme chaque 2 février par sa chaîne à Punxsutawney dans l’État de Pennsylvanie pour y couvrir la fête populaire du jour de la marmotte annonçant la fin de l’hiver.
Déjà aigri, très imbu de lui-même et volontiers offensant, ce reportage annuel qu’il juge indigne de son talent pousse encore davantage Phil à se comporter de manière très désagréable avec ses deux accompagnateurs : sa productrice Rita Hanson (Andie MacDowell) et son cameraman Larry (Chris Eliott).
Coincé par le blizzard dans cette petite ville de campagne, l’animateur météo est forcé d’y passer la nuit. Mais le lendemain, et tous les jours suivants, le jour de la marmotte se répète presque à l’identique, sans que personne d’autre que lui n’en ait conscience.
Par cette boucle temporelle débute l’une des comédies cultes des années 1990. Mais revoir ce film avec la vision du Yoga lui donne un ton tout différent. Du thème général jusque dans de simples petites répliques en apparence anodines se révèlent presque tous les aspects de la philosophie du Yoga tels qu’ils sont exposés par Patanjali dans les Yoga-sūtra.
À commencer par les buts que nous recherchons dans l’action. Au service de quoi agissons-nous ? Pour l’argent, l’égo, l’ascension sociale ou pour des buts plus subtils de compréhension des raisons profondes de l’existence, et pour aider ensuite les autres à faire leur chemin (Yoga-sūtra III.35) ?
L’espoir excessif d’un résultat précis de nos actions n’entraîne-t-il pas systématiquement un sentiment d’échec ou d’insatisfaction là où un esprit ouvert et une action désintéressée apporte presque systématiquement la joie d’une expérience qui nous fait grandir (YS II.1) ?
Quelle différence cela fait-il de traiter nos semblables comme des objets au service de nos propres desseins ou comme des égaux capables de nous apporter un riche point de vue différent du nôtre (YS II.30) ?
La forme même du film, sautant d’une journée de Phil à l’autre, parfois avec beaucoup d’humour, d’autres fois avec une gravité inattendue, est une illustration simpliste mais pertinente de la diversité de nos existences, des paires d’opposés dont nous essayons de nous affranchir (YS II.48), voire de la vision indienne du cycle des existences à travers la réincarnation. Et enfin du chemin vers la libération lorsque notre point de vue évolue, se détournant de la Matière au profit de notre Être intérieur.
Si le film, qui est une comédie familiale, peut paraître par certains aspects un peu manichéen au premier abord, l’ensemble du propos mérite une véritable réflexion sur les raisons qui motivent nos actes au quotidien, comme nous y invite chaque jour le Yoga.
Étienne BURKEL
Un jour sans fin (Groundhog day) – 1993 – 1H41
Réalisé par Harold Ramis
Avec Bill Murray, Andie MacDowell, Chris Eliott
