Dans les deux précédents articles, ce sont les pathologies des règles, puis l’endométriose et l’infertilité qui ont été abordés. Le yoga peut occuper une place importante en cas de grossesse.
La grossesse est un état naturel et physiologique de la femme. Les premiers signes présentés par les femmes sont : l’absence de règles (aménorrhée), la fatigue et la somnolence à tout moment de la journée, les nausées matinales, parfois accompagnées de vomissements (qui disparaissent vers la 15ème semaine de grossesse), la poitrine sensible (tétons douloureux) et plus volumineuse, le besoin fréquent d’uriner à cause de la distension de l’utérus qui appuie sur la vessie (ressenti pouvant survenir dès la première semaine après conception), et le changement de goût (sensation métallique dans la bouche lors des repas) et d’odorat (hypersensibilité à certaines odeurs qui deviennent alors repoussantes).
Le corps s’adapte dans le but d’approvisionner le fœtus en nutriments et oxygène. Les changements surviennent au niveau externe et interne.
Au niveau externe, le ventre s’arrondit, les seins augmentent de volume, la qualité de la peau change (elle devient plus douce et lumineuse), ainsi que celle des ongles et des cheveux (qui poussent plus vite). Au niveau interne : il y a des modifications du système cardio-vasculaire avec une augmentation significative du volume sanguin et de la fréquence cardiaque et une légère baisse de la tension artérielle. Le système respiratoire s’adapte également car le besoin en oxygène est plus important. Par ailleurs, au cours de la grossesse, l’agrandissement de l’utérus pousse le diaphragme vers le haut obligeant les côtes à « s’élargir » de chaque côté, grâce au relâchement des ligaments intercostaux, et la respiration devient thoracique. D’un point de vue métabolique, le fœtus ayant besoin de glucose, la glycémie de la mère peut baisser, l’obligeant à manger plus qu’à l’accoutumée.
Les changements auxquels les femmes font face durant la grossesse, mais aussi l’épreuve de l’accouchement qui approche à grands pas, et le changement de vie sont autant de facteurs qui impactent son état d’esprit et perturbent ses émotions.
La pratique du yoga pendant la grossesse répond à des règles différentes en fonction du trimestre concerné.
Au 1er trimestre, les femmes doivent arrêter les techniques d’expiration qui vont à l’encontre de l’expansion. Nous leur donnons des techniques simples et non exigeantes car les activités physiologiques fonctionnent déjà à un niveau élevé et le yoga ne doit pas les aggraver. Il s’agit de soulager les éventuelles douleurs lombaires, de préparer le bas du dos à l’accouchement par des flexions vers l’avant et vers l’arrière très douces, de donner śītalī contre les sensations de brûlures gastriques et de gorge, de conseiller d’éviter les fritures et de manger de petites quantités fréquemment. La prudence est de mise pendant cette période car c’est le moment où le fœtus s’implante. Nous ne donnerons jamais de postures asymétriques (afin d’éviter les asymétries pour le bébé), ni de postures sur le ventre, ni d’inversions.
Au 2ème trimestre, il convient d’éviter les postures allongées sur le dos, car l’utérus qui a grossi peut comprimer la veine cave inférieure et le retour veineux est altéré. Il est d’ailleurs conseillé aux femmes de dormir sur le côté à cette période de la grossesse, afin d’éviter les varices. Pour maintenir le système hormonal à un niveau de fonctionnement optimal, il faut agir sur tous les vāyuet les équilibrer, et sur les nāḍī iḍa et piṇgala et les équilibrer. La technique reine est la posture mahāmudrā, adaptée sur une chaise (sans torsion). Il faut également préparer l’accouchement avec des postures d’ouverture du bassin, préparer les membres supérieurs au portage et à l’allaitement, renforcer le système respiratoire (impossible au 3ème trimestre puisque l’utérus remontera au-dessus du niveau de la poitrine et la capacité pulmonaire sera réduite).
Au 3ème trimestre, les femmes portent en permanence un poids important et développent de l’anxiété. La pratique de postures se poursuit en vue de préparer l’accouchement mais c’est la pratique de dhāranā et de dhyāna favorisant une bonne connexion avec le bébé, qui a toute sa place à cette période.
La période post-natale
Si la femme a accouché par voie naturelle, la pratique post-natale commence uniquement quand cette dernière se sent prête. L’accouchement est si épuisant que le repos est préconisé. Si la femme a accouché par césarienne, le mieux est de commencer la yogathérapie un mois après, une fois la cicatrisation terminée. Dans les 2 cas, l’utérus retrouvera sa place initiale au bout de 3 mois, nous ne donnons pas de postures sur le ventre pendant cette période qui retarderait ce processus.
Pendant cette phase, la yogathérapie est orientée vers le renforcement de la sangle abdominale. Ce sont les muscles obliques (par des parivṛṭti) et le muscle transverse de l’abdomen (par des expirations longues et profondes) qui seront renforcés. Le renforcement du périnée fait également partie de la pratique. Il sera nécessaire de renforcer les membres supérieurs pour le portage et l’allaitement du bébé. Les mouvements de bras et les torsions axiales avec enroulement des bras autour de la taille favoriseront l’allaitement.
Une pratique relaxante du soir est également proposée à l’élève qui vit au rythme et au service de son bébé, se lève plusieurs fois par nuit et ressent le plus souvent une grande fatigue, voire de l’épuisement.
Ainsi, le yoga peut-il occuper une place importante dans la vie des femmes enceintes et après l’accouchement, à condition de mettre en place une pratique totalement adaptée à leurs besoins, en lien avec un professeur de yoga qualifié (Ayant suivi un cursus complet de formation à l’enseignement de la yogathérapie).
Céline Peillon, professeure de yoga formée par Bernard Bouanchaud, yogathérapeute formée par le Dr Chandrasekaran, formatrice de professeurs de yoga en Dordogne, membre de la Viniyoga Fondation France
